Dit interview verscheen op zaterdag 24/09/2016 in Le Soir.
Entretien Petra De Sutter est la cheffe du service de médecine reproductive de l’hôpital universitaire de Gand, et députée Groen. Elle prend en charge quatre à cinq GPA par an, dont à peu près une moitié pour des couples homosexuels (Gand étant le seul hôpital en Belgique à le faire). …
Entretien

Petra De Sutter est la cheffe du service de médecine reproductive de l’hôpital universitaire de Gand, et députée Groen. Elle prend en charge quatre à cinq GPA par an, dont à peu près une moitié pour des couples homosexuels (Gand étant le seul hôpital en Belgique à le faire). Ce mercredi, elle a présenté un rapport devant la Commission des questions sociales de l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe.

Comment a été reçu votre rapport ?

Comme c’est le cas depuis plusieurs années, la moitié de la commission me suit – avec la volonté de débattre des conditions de GPA éthiques – et l’autre moitié refuse toute GPA, considérant qu’elle doit être abolie, sans distinction entre GPA commerciale et éthique. Mes recommandations comprenaient deux parties : d’une part, réfléchir d’un point de vue européen, en fonction de l’intérêt de l’enfant ; d’autre part, je demande aux communautés de ministres de collaborer pour empêcher les exploitations liées à la GPA internationale. Ces deux recommandations, assez neutres, ont été votées par 17 voix contre 14. Nous irons donc en plénière, le mardi 11 octobre.

Qu’en attendez-vous ?

En Europe, on retrouve la même division qu’au Conseil : certains Etats l’interdisent (la France), d’autres ont trouvé une solution (l’Angleterre, qui autorise la GPA pour les Britanniques), mais d’autres l’autorisent de façon commerciale : l’Ukraine ou la Grèce. Il n’y aura jamais de majorité pour interdire ou autoriser. Mais chaque Etat doit pouvoir y réfléchir sereinement. Je ne suis pas idéologique, je suis une pragmatique. L’interdire poussera à l’illégalité et à l’exploitation.

Vous avez participé aux travaux du Sénat… dont personne ne s’est saisi.

Ce n’est pas prioritaire politiquement. Comme c’est un sujet éthique, il pourrait revenir en fin de législature… ou tomber dans les limbes.

En attendant, l’association Men Having Babies organise son « salon ». Les couples gays estiment que sans législation belge, ils n’ont pas beaucoup le choix…

J’entends bien ces critiques selon lesquelles nos critères sont très stricts. Certains décident alors de partir en Californie. D’accord, mais je n’accepte pas que l’on dise que c’est nous qui les envoyons dans ce système commercial. S’ils optent pour une GPA non éthique, c’est leur responsabilité. Même une législation ne changera rien à la pratique actuelle. Ce qui est difficile avec la GPA altruiste… c’est de trouver des personnes altruistes qui veulent être mères porteuses. Mais une loi répondrait aux problèmes de filiation.

L’ASBL Homoparentalités plaide pour des « agences » non commerciales… Envisageable ?

Je pense que c’est possible, à partir du moment où on est certain que la motivation de la femme est vraiment altruiste et non financière. Certains jugent que l’altruisme n’existe pas. Moi, j’y crois !

E.BL.